La prière de Daniel – Daniel 9

La prière de Daniel

Étude détaillée de Daniel 9 : contexte de l’exil, prière de repentance pour Israël, analyse des mots hébreux, et réponse de Dieu : « bien-aimé ».

« Lorsque tu as commencé à prier… Bien-aimé. » (Dn 9/23)

La prière de Daniel

Illustration de l'étude sur L’ŒIL EST LA LAMPE DU CORPS

Introduction

Daniel à Babylone : un homme d’État et prophète

Daniel est déporté à Babylone avec Hananiah, Mischaël et Azariah, de race royale, lors de la première déportation par Nebucadnetsar vers 606 av. J.-C. (Dan 1/6). Il restera à Babylone toute la durée de l’exil et y mourra.

Leurs noms sont changés (Dan 1/7) :

  • Daniel (« Elohim est mon juge ») devient בֵּלְטְשַׁאצַּר (Beltsha’tsar) – « éclat de splendeur ».
  • Hananiah (« l’Éternel a été miséricordieux ») devient שַׁדְרַךְ (Shadrak) – « le grand scribe du roi ».
  • Misha’el (« qui est Elohim ? ») devient מֵישַׁךְ (Meyshak) – « invité du roi ».
  • Azariah (« l’Éternel a secouru ») devient עֲבֵד נְגוֹ (Aved Nego) – « serviteur de Nebo », un dieu babylonien.

Daniel voit se succéder sur le trône Belschatsar, Darius et Cyrus. Il participe intimement à la direction d’au moins trois royaumes : Juda, Babylone, puis l’empire médo‑perse.

Contemporain de Jérémie, Ézéchiel et Esdras, Daniel est suscité par Dieu dans un temps de décadence pour parler à Israël et aux nations. Bien qu’il soit prophète, son livre est rangé parmi les « Écrits », car il est d’abord un homme d’État.

Dans cette étude, nous nous concentrons sur le chapitre 9, écrit en hébreu (alors que Dan 2/4 à 7/28 sont en araméen).

Un homme âgé qui prie pour son peuple

Jeune, Daniel (16‑17 ans) perd tout à cause du péché de son peuple et de ses pères. Le Temple est détruit en 587 av. J.-C., environ 20 ans après sa déportation. Il ne peut plus empêcher le jugement, mais se plonge dans les Écritures pour comprendre la pensée de Dieu.

Daniel 9/1‑3 – lire dans la LSG

Darius prend Babylone en 539 av. J.-C. Daniel est alors à Babylone depuis environ 67 ans. C’est un homme de plus de 80 ans qui se met en prière pour la restauration de Jérusalem et du peuple.

Sa prière sera exaucée, mais lui ne reverra jamais Jérusalem. Pourquoi prier maintenant, alors que Dieu a déjà promis la fin de l’exil après 70 ans (par Jérémie) ? Parce que la promesse n’annule pas le besoin de repentance avant le retour.

Mort de l’âme et souffrance : ce que dit Ézéchiel

Ézéchiel 18/2‑4, 20 – lire dans la LSG

Dieu rejette le proverbe : « Les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des enfants en ont été agacées. » Il affirme : « L’âme qui pèche, c’est celle qui mourra. Le fils ne portera pas l’iniquité de son père. »

Il faut distinguer :

  • La mort de l’âme : séparation éternelle d’avec Dieu, conséquence ultime d’une iniquité non pardonnée (absence de Teshouva).
  • La souffrance : conséquences terrestres des péchés des uns sur la vie des autres (Daniel souffre de l’exil à cause de ses pères, sans pour autant porter leur condamnation éternelle).

Daniel est un juste : il ne meurt pas spirituellement pour les fautes de ses pères, mais il partage la souffrance de son peuple. C’est précisément parce qu’il est juste qu’il peut se tenir en intercesseur.

Pourquoi une prière de repentance maintenant ?

Jérémie, autre juste de la même époque, prie de manière similaire :

Jérémie 14/7 – lire dans la LSG

« Si nos iniquités témoignent contre nous, agis à cause de ton nom, ô Éternel ! Car nos infidélités sont nombreuses, nous avons péché contre toi. »

Daniel, de Juda (famille royale), et Jérémie, de Lévi (famille sacerdotale), représentent la « tête » du peuple. Israël est à la fois un peuple et une personne :

Exode 4/22 – lire dans la LSG

« Israël est mon fils, mon premier‑né. »

Après la dispersion du royaume du nord (722 av. J.-C.), il ne reste plus que Juda, Benjamin et Lévi, en exil à Babylone. Pour que ce « fils peuple » vive spirituellement après le retour, il faut que ses iniquités soient confessées et pardonnées.

La promesse du retour ne suffit pas : sans pardon, un peuple de retour sur sa terre mais non réconcilié avec Dieu ne pourrait survivre comme « fils de Dieu ».

C’est tout le sens de la prière de Daniel : obtenir le pardon avant le retour.

La prière modèle du juste

Daniel prend le sac, la cendre, jeûne : il se place dans l’humilité, comme le roi de Ninive et son peuple à l’appel de Jonas.

Ésaïe 58/5‑6 – lire dans la LSG

Dieu rappelle que le jeûne qui lui plaît n’est pas seulement extérieur, mais consiste à détacher les chaînes de la méchanceté, libérer les opprimés, rompre les jougs.

La prière commence par la reconnaissance de qui est Dieu :

Daniel 9/4

« Je priai יְהוָה (YHWH), mon Elohim, et je lui fis cette confession : Adonaï, El (Elohim) grand et redoutable, toi qui gardes ton alliance et qui fais miséricorde à ceux qui t’aiment et qui observent tes commandements ! »

Remarques :

  • יְהוָה (YHWH) : attribut de bonté, Dieu de l’alliance.
  • Elohim : Créateur et Juge, « garde des sceaux » céleste.
  • Adonaï : « mon Maître », celui à qui Daniel se soumet.

Haut dignitaire à Babylone, Daniel proclame pourtant le Nom complet du Dieu d’Israël, mettant chacun à sa place avant d’entrer dans la confession.

Le déroulement de la prière :

  • Reconnaissance précise des péchés du peuple.
  • Reconnaissance que Dieu a agi avec justice, selon la Loi de Moïse.
  • Supplication pour que la lumière revienne sur le sanctuaire et la ville sainte.

Ensuite, l’ange Gabriel vient, appelle Daniel « bien‑aimé », et lui ouvre l’intelligence avec la prophétie des 70 semaines.

C’est le même principe que dans le Psaume 32 : confession → pardon → instruction.

Psaume 32 : de la confession à la direction

Psaume 32 – lire dans la LSG

David décrit le bonheur du pardon, la souffrance du silence, puis la paix retrouvée après la confession. Ensuite seulement Dieu promet : « Je t’instruirai et te montrerai la voie que tu dois suivre; je te conseillerai, j’aurai le regard sur toi. »

Dieu ne veut pas de chevaux ou de mulets sans intelligence qu’il faudrait conduire par la force; il attend une repentance libre, puis une marche guidée par son regard bienveillant.

Les mots de la repentance dans Daniel 9

Daniel n’édulcore rien : il utilise une palette de 12 mots hébreux différents pour couvrir l’ensemble des fautes du peuple. Il s’identifie totalement : « Nous avons péché… » et, au v. 20, reconnaît aussi « mon péché ».

Daniel 9/20

« Je confessais mon péché et le péché de mon peuple d’Israël… »

Voici les principaux termes :

1. Nous avons péché – חָטָא (Hata’)

« Rater le but », manquer la cible, être à côté de soi‑même. Israël n’a pas été ce qu’il aurait dû être.

2. Nous avons commis l’iniquité – עָוָה (‘Avah)

Perversion, déformation : tordre les Écritures pour les adapter à sa volonté.

3. Nous avons été méchants – רָשָׁע (Rasha’)

Méchanceté et violence morale, perte de l’éthique dans les relations humaines.

4. Nous avons été rebelles – מָרַד (Marad)

Révolte, embonpoint spirituel : on profite sans se soucier de la justice de Dieu (voir Ps 73).

5. Nous nous sommes détournés – סוּר (Sor)

« Ôter », comme retirer l’anneau ou le voile de mariage : rupture de l’alliance.

6. Nous n’avons pas écouté – שָׁמַע (Shama’)

Ne pas écouter les prophètes et serviteurs envoyés. En hébreu, « écouter » implique déjà « obéir ».

7. Infidélités – מָעַל (Ma’al)

Perfidie, trahison, mensonge dans l’alliance.

8. Transgresser la loi – עָבַר (‘Avar)

Traverser, passer outre, franchir la limite. L’« Hébreu » (עִבְרִי, ‘Ivry) est celui qui traverse; ici, Israël a traversé la loi comme un interdit.

9. Nous n’avons pas imploré – חָלָה (Halah)

Être malade, affligé; implorer avec douleur. Personne ne se sent malade de l’état spirituel du peuple.

10. Nous ne nous sommes pas détournés de nos iniquités – שׁוּב (Shouv)

Ne pas faire Teshouva : ne pas revenir à Dieu avec un vrai changement et des fruits.

11. Iniquités – עָוֹן (‘Avon)

Culpabilité, déformation qui dévie la trajectoire et affecte les générations suivantes.

12. Nous n’avons pas été attentifs à ta vérité – שָׂכַל (Sakal)

Manque d’intelligence spirituelle; « survol » des textes, incapacité d’aimer la vérité.

Résumé de la décadence d’Israël

On peut résumer ainsi :

  1. Le peuple a raté sa cible : il n’a pas été ce qu’il devait être.
  2. La méchanceté et l’immoralité ont abondé.
  3. Les Écritures ont été tordues pour servir les intérêts humains.
  4. Une rébellion « chargée d’embonpoint » : prospérité sans Dieu.
  5. Ils ont symboliquement retiré l’anneau de l’alliance.
  6. Ils n’ont pas obéi, n’ayant pas vraiment « écouté ».
  7. Ils ont trahi la confiance de Dieu.
  8. Ils ont passé outre les commandements.
  9. Ils n’ont pas imploré l’Éternel, malgré l’urgence.
  10. Personne ne s’est vraiment repenti (Teshouva absente).
  11. L’iniquité s’est propagée sur les enfants.
  12. L’amour de la vérité a disparu.

Ce portrait n’évoque‑t‑il pas aussi l’état d’une grande partie de l’Église aujourd’hui ?

Les conséquences du péché selon Daniel

Daniel reconnaît la justice de Dieu :

Daniel 9/7

« À toi, Adonaï, est la justice, et à nous la confusion de face… dans tous les pays où tu nous as chassés, à cause des infidélités dont nous nous sommes rendus coupables envers toi. »

Confusion de face – בֹּשֶׁת (Boshet)

Honte profonde, perte de dignité. Comme Adam et Ève après la chute, le peuple « découvre » sa nudité et se cache.

Grande calamité – רָע (Ra’)

Le « mal » de l’arbre du bien et du mal. Dieu leur fait goûter le revers de l’arbre : massacres, viols, misère, douleur.

Malédictions – אָלָה (‘Alah) & imprécations – שְׁבוּעָה (Shevou’ah)

Les malédictions de Deutéronome 28 se réalisent, liées aux serments de Dieu, qui ne peut se renier.

Opprobre – חֶרְפָּה (Herpah)

Israël devient objet de mépris, bouc émissaire des nations, comme résumé dans Néhémie 2/17.

La demande de Daniel et le « bien-aimé »

Daniel ne demande rien pour lui‑même. Il sait qu’il ne retournera pas à Jérusalem, mais dès les premières paroles de Gabriel, il apprend qu’il est un « bien‑aimé » :

Daniel 9/23

« Lorsque tu as commencé à prier, la parole est sortie, et je viens pour te l’annoncer; car tu es un bien‑aimé… »

Son nom, « Daniel » (« Dieu est mon juge »), reçoit ici sa confirmation : Dieu l’a jugé fidèle. Ses demandes portent totalement sur la gloire de Dieu et l’avenir d’Israël :

  • Qu’Adonaï écoute ses supplications.
  • Que sa face brille sur le sanctuaire dévasté.
  • Que Dieu ouvre les yeux et regarde les ruines de la ville sur laquelle son Nom est invoqué.
  • Qu’il pardonne, par amour pour son propre Nom, et n’attarde pas.

Tout est orienté vers la restauration de la vie spirituelle à Jérusalem, afin que la parole de l’Éternel rayonne de nouveau de Sion vers les nations (Ésaïe 2/3).

Texte de la prière de Daniel (Dn 9/1‑23)

Ce qui suit est la structure de Daniel 9/1‑23, avec les principaux mots hébreux indiqués :

Versets 1‑3 : contexte (première année de Darius), découverte des 70 ans annoncés par Jérémie, décision de jeûner, se couvrir de sac et de cendre.

Verset 4 : reconnaissance de Dieu (YHWH, Elohim, Adonaï) et de son alliance.

Versets 5‑6 : première confession globale : « Nous avons péché (חטא, Hata’), commis l’iniquité (עוה, ‘Avah), été méchants (רשע, Rasha’), rebelles (מרד, Marad), nous nous sommes détournés (סור, Sor), nous n’avons pas écouté (שמע, Shama’)… »

Versets 7‑11 : justice de Dieu, confusion de face (בשת), infidélités (מעל), malédictions (אלה) & imprécations (שבועה), calamité (רע), absence d’imploration (חלה).

Versets 12‑14 : accomplissement des avertissements de la Loi de Moïse; absence de Teshouva (שוב), surdité à la vérité (שכל).

Versets 15‑19 : appel à la miséricorde : que la colère se détourne de Jérusalem; prière fondée non sur la justice du peuple, mais sur les grandes compassions de Dieu.

Versets 20‑23 : intervention de Gabriel, ouverture de l’intelligence de Daniel, déclaration : « tu es un bien‑aimé », introduction à la vision des 70 semaines.

Retour en haut

En savoir plus sur Vie et Lumière El Shaddaï

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture